Nom de domaine expiré : que se passe-t-il, étape par étape ?
Ce qui arrive après l'expiration d'un nom de domaine : délai de grâce, coupure du DNS, période de rédemption, pending delete, et comment le récupérer à temps.
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Un nom de domaine ne s'évapore pas à minuit le jour de son expiration. Pour les TLD génériques comme .com, .net ou .org, il traverse une suite d'étapes qui dure environ deux mois et demi, et à chaque étape la récupération devient plus difficile et plus chère. Savoir où en est un nom, c'est savoir ce que vous pouvez encore faire, que vous soyez le titulaire qui a oublié de renouveler ou quelqu'un qui espère enregistrer le nom ensuite.
Ce guide décrit le cycle de vie des TLD génériques tel que le prévoient les politiques de l'ICANN. Les extensions nationales fixent leurs propres règles : considérez les chiffres ci-dessous comme le schéma des gTLD, pas comme une loi universelle.
Le calendrier en un coup d'œil
| Étape | Durée habituelle | Statut affiché | Le site fonctionne-t-il ? | Qui peut agir |
|---|---|---|---|---|
| Avant l'expiration | — | ok, clientTransferProhibited |
Oui | Le titulaire renouvelle au tarif normal |
| Délai de grâce (renouvellement automatique) | jusqu'à 45 jours | autoRenewPeriod |
En général, plus pour longtemps | Le titulaire renouvelle, souvent au tarif normal |
| Rédemption | 30 jours | redemptionPeriod |
Non | Le titulaire restaure, moyennant des frais de restauration |
| Suppression en attente | 5 jours | pendingDelete |
Non | Personne |
| Libération | — | introuvable | Non | N'importe qui, premier arrivé, premier servi |
Étape 0 — Avant l'expiration : les rappels
La politique de l'ICANN sur la récupération des enregistrements expirés (Expired Registration Recovery Policy) impose aux bureaux d'enregistrement d'envoyer au moins deux rappels de renouvellement avant l'échéance (environ un mois, puis une semaine avant), et au moins un autre peu après l'expiration si le nom n'a pas été renouvelé. Ils sont adressés à l'e-mail du titulaire figurant au dossier.
C'est là que commencent la plupart des pertes. L'adresse appartient à un ancien salarié, à une agence qui ne travaille plus pour vous, ou à une boîte hébergée sur le domaine même qui expire. Vérifiez l'adresse de contact bien avant d'en avoir besoin.
Étape 1 — Le jour de l'expiration et le délai de grâce
Pour la plupart des gTLD, le registre ne supprime pas un nom expiré. Il le renouvelle automatiquement pour un an, facture le bureau d'enregistrement et place le nom en autoRenewPeriod. Le bureau d'enregistrement dispose de 45 jours au plus pour supprimer le nom et récupérer cette somme.
Deux conséquences en découlent :
- La date d'expiration publique peut faire un bond d'un an alors que personne n'a payé. La date du registre est exacte du point de vue du registre. Votre contrat avec le bureau d'enregistrement est une autre affaire. Nous l'expliquons plus en détail dans WHOIS ou RDAP.
- Le temps qui vous est accordé dépend du bureau d'enregistrement. Les 45 jours sont la fenêtre dont il dispose vis-à-vis du registre, pas un droit qui vous appartient. Beaucoup accordent une trentaine de jours à leurs clients, certains moins, et c'est écrit dans leurs conditions générales. Pendant ce délai de grâce, le renouvellement reste le plus souvent possible au tarif habituel, parfois majoré de frais de retard.
Ce qu'il advient de vos services à ce stade : le bureau d'enregistrement remplace en général les serveurs de noms par ses propres serveurs de parking, ou place le nom en clientHold. Le site affiche une page de parking ou ne se résout plus du tout, et les e-mails n'arrivent plus, puisque les enregistrements MX ont disparu avec le reste de la zone. La politique de l'ICANN impose d'ailleurs au bureau d'enregistrement d'interrompre la résolution pendant un certain temps avant de supprimer le nom, précisément pour que le titulaire s'en aperçoive.
Les expéditeurs réessaient pendant un moment (couramment quelques jours) avant de renvoyer un avis de non-remise : un renouvellement rapide ne fait donc souvent rien perdre. Un renouvellement tardif, si.
Étape 2 — La période de rédemption (30 jours)
Lorsque le bureau d'enregistrement supprime le nom, le registre ne le libère pas pour autant. Le nom passe en redemptionPeriod pendant 30 jours. Il est sorti de la zone : plus rien ne se résout.
Seul l'ancien titulaire peut le récupérer, par l'intermédiaire du même bureau d'enregistrement, en payant des frais de restauration en plus du renouvellement. Ces frais sont fixés par le bureau d'enregistrement et dépassent nettement le prix d'un renouvellement : consultez sa grille tarifaire plutôt que de vous fier à un montant lu sur le web. La restauration n'est pas instantanée non plus : le bureau d'enregistrement doit déposer une demande auprès du registre, et il peut s'écouler une journée ou davantage avant que le DNS refonctionne. La période de rédemption est la dernière chance du titulaire.
Étape 3 — Suppression en attente (5 jours)
Après la rédemption, le nom passe en pendingDelete. Il ne peut plus être ni restauré, ni renouvelé, ni transféré. Au bout de cinq jours environ, le registre le purge, et il redevient disponible à l'enregistrement.
Étape 4 — Libération, drop-catching et enchères
Les noms qui ont du trafic ou des liens entrants restent rarement libres. Des services de « drop-catching » envoient des demandes d'enregistrement à l'instant même où le nom est libéré, et c'est le bureau d'enregistrement accrédité dont la demande arrive la première qui l'emporte.
Souvent, le nom n'atteint même pas ce stade. Beaucoup de bureaux d'enregistrement ne suppriment pas du tout les noms expirés de valeur : ils les mettent aux enchères pendant le délai de grâce et transfèrent l'enregistrement au plus offrant. Leurs conditions générales le permettent. Si le titulaire d'origine renouvelle à temps, l'enchère est normalement annulée, mais mieux vaut ne pas compter sur cette fenêtre.
Comment savoir à quelle étape se trouve un domaine
Lisez les codes de statut en regard des dates. Avec RDAP :
$ curl -s https://rdap.example/domain/example.com | jq '.status, .events'
[
"auto renew period",
"client hold"
]
[
{ "eventAction": "registration", "eventDate": "2019-04-11T09:20:00Z" },
{ "eventAction": "expiration", "eventDate": "2027-04-11T09:20:00Z" }
]
(rdap.example représente le serveur RDAP du TLD ; un outil de recherche trouve le bon à votre place.)
Avec le WHOIS classique :
$ whois example.com | grep -Ei 'status|expir'
Registry Expiry Date: 2027-04-11T09:20:00Z
Domain Status: autoRenewPeriod
Domain Status: clientHold
Une date d'expiration dans un an, associée à autoRenewPeriod et à clientHold, ne veut pas dire « tranquille jusqu'à l'an prochain ». Elle veut dire « expiré récemment, impayé, déjà coupé ».
Vérifiez aussi si le nom se résout encore :
$ dig +short example.com NS
Des serveurs de noms de parking ou une réponse vide confirment ce que suggèrent les codes de statut.
Si c'est votre propre domaine qui a expiré
- Connectez-vous dès aujourd'hui chez le bureau d'enregistrement. N'attendez pas un e-mail. Si vous ignorez de quel bureau d'enregistrement il s'agit, une recherche whois vous l'indique.
- Renouvelez depuis l'espace client. Pendant le délai de grâce, c'est le plus souvent un renouvellement ordinaire.
- Si l'interface parle de « redemption » ou de « restore », payez les frais de restauration ou contactez le support. Le prix ne baissera pas avec le temps, et au bout de 30 jours la possibilité disparaît.
- Contrôlez les serveurs de noms après le renouvellement. Certains bureaux d'enregistrement laissent en place les serveurs de parking. Remettez les vôtres, puis vérifiez les enregistrements
A,MXetTXT. - Ne tentez pas de transférer un nom expiré pour vous en sortir, sauf si le bureau d'enregistrement est injoignable. Le transfert pendant le délai de grâce est permis par la politique, mais il est lent, et il est impossible en rédemption.
- Prévenez vos correspondants si la coupure a duré plus de quelques jours : certains messages auront été retournés à leur expéditeur.
Si vous convoitez un nom qui expire
- Le titulaire actuel garde la priorité jusqu'à la fin de la rédemption. « Expiré » ne veut pas dire « disponible ».
- Placer un ordre de réservation (backorder) auprès d'un service de drop-catching est la voie réaliste ; enregistrer le nom à la main à la bonne seconde ne l'est pas.
- Examinez l'historique du nom avant de payer. Un nom qui a servi à envoyer du spam, ou qui reprend une marque ne vous appartenant pas, est un boulet et non une affaire.
- Ne contactez pas le titulaire en vous faisant passer pour un bureau d'enregistrement ou en lui adressant de fausses « factures de renouvellement ». C'est un schéma d'escroquerie bien connu, et les titulaires doivent ignorer ce genre de courrier.
Erreurs fréquentes
- Compter sur le renouvellement automatique avec une carte bancaire expirée.
- Une adresse e-mail de titulaire hébergée sur le domaine même qui expire : rappels et réinitialisations de mot de passe partent dans le vide.
- Le domaine de l'entreprise détenu sur le compte personnel d'une seule personne.
- Lire la date d'expiration du registre comme la preuve que tout est payé.
- Supposer qu'un domaine national passe par les mêmes étapes. Beaucoup de ccTLD n'ont pas de période de rédemption, ou en ont une plus courte et nommée autrement. Pour un .fr, ce sont les règles de l'Afnic, son registre, qui s'appliquent.
- Attendre le dernier jour. Échecs de paiement, jours fériés et files d'attente du support se moquent de votre échéance.
Liste de contrôle préventive
- Renouvelez les noms importants pour plusieurs années et laissez le renouvellement automatique activé.
- Utilisez comme e-mail de titulaire une boîte fonctionnelle (sur un autre domaine) et vérifiez qu'elle fonctionne.
- Gardez le compte du bureau d'enregistrement sous le contrôle de l'entreprise, avec l'authentification à deux facteurs et plus d'un administrateur.
- Inscrivez la date d'expiration dans un agenda partagé, avec un rappel 60 jours avant.
- Passez en revue l'ensemble du portefeuille une fois par trimestre, y compris les noms qui ne font que rediriger.
Vérifiez avec OrbitProbe
La recherche WHOIS d'OrbitProbe interroge directement RDAP et affiche le bureau d'enregistrement, les dates d'enregistrement et d'expiration ainsi que tous les codes de statut, avec le serveur source et l'heure de la requête. Si vous voyez autoRenewPeriod, redemptionPeriod ou pendingDelete, vous savez quelle ligne du tableau ci-dessus s'applique. Pour plusieurs domaines, le portefeuille de l'espace de travail OrbitProbe regroupe les dates d'expiration dans une seule liste et envoie des rappels de renouvellement.
Vous comptez déplacer le nom chez un meilleur bureau d'enregistrement une fois qu'il sera à l'abri ? Lisez d'abord comment transférer un nom de domaine.